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Coups de coeur

Faites-nous partager vos lectures !

Chaque mois, nous publions sur cette page vos commentaires et critiques d’un roman, d’une nouvelle, d’un documentaire ou d’une bande dessinée, que vous avez apprécié !

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"Les Inéquitables" de Philippe Djian

Disponible à la bibliothèque-médiathèque sous la cote : DJIA djian

LE PLAISIR DU DANGER

Erotique et violent, le dernier roman de Philippe Djian, «Les Inéquitables», est avant tout jubilatoire. Déjouant les clichés, il dresse le portrait d’une femme puissante.
 
Cela commence par un coup de poing. Marc, jaloux, se bat pour Diana, à laquelle un homme vient de faire des avances devant lui. Une méchante droite lui laisse la dentition amochée. Cela tombe bien: Diana est dentiste.
 
Nous sommes dans une ville au bord de l’océan qui pourrait être Biarritz, balayée par «un vent d’automne coriace»; «le sel mange tout», les palmiers des avenues «ploient en chœur sous les rafales», quand ils ne sont pas décimés par un redoutable papillon venu d’Amérique. Le lecteur craint le pire, dans ce climat de fausse tranquillité, et il a raison. Les personnages glissent vers la catastrophe, «se fourrent dans les ennuis, comme s’ils y sautaient à pieds joints pour en avoir jusqu’au cou». Et le lecteur de sauter à pieds joints de même dans ce récit qui ne cesse de le surprendre, de déjouer les attentes et les clichés, tout en le gardant captif.
 
Djian, l’auteur de 37°2 le matin, de «Oh…» ou de Vers chez les blancs, près de quarante romans et récits au compteur, sait jouer du flou avec une grande précision, dévoile peu à peu les rapports ambigus de ses personnages, pratique l’ellipse avec élégance. Il pousse ses antihéros, apparemment anodins au départ, dans leurs retranchements, la banalité est chauffée à blanc, jusqu’à l’extraordinaire. Il sait «jusqu’où aller trop loin», pour reprendre le mot de Cocteau, en l’occurrence jusqu’au gore, au grotesque, faisant accepter à son lecteur toutes les déchirures du récit, des corps et des destins.

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"Si Beale street pouvait parler" de James Baldwin

Disponible à la bibliothèque-médiathèque sous la cote : BALD  baldwin

 
Si Beale Street pouvait parler, elle raconterait à peu près ceci : Tish, dix-neuf ans, est amoureuse de Fonny, un jeune sculpteur noir. Elle est enceinte et ils sont bien décidés à se marier. Mais Fonny, accusé d'avoir violé une jeune Porto-Ricaine, est jeté en prison. Pendant que les deux familles se mettent en quête de preuves qui pourront le disculper, Tish et Fonny n’ont d’autre choix qu’attendre, portés par leur amour, un amour qui transcende le désespoir, la colère et la haine.
 
Ce roman bouleversant a le goût doux-amer des blues tant aimés de James Baldwin qui montre ici encore son prodigieux talent.
(4e de couverture) 
 

"The Guilty" de Gustav Möller

Disponible à la bibliothèque-médiathèque sous la cote : M2555DVD  theguilty

« The Guilty » : quand le spectateur devient auditeur
 
L’intérêt, ludique et pervers, du film de Gustav Möller réside dans la narration d’une action perçue uniquement grâce à la bande-son.
 
Le public veut qu’on lui raconte des histoires et il est prêt à croire à toutes celles qu’il entendra. Le premier long-métrage du réalisateur danois Gustav Möller tient du défi, d’un pari fait avec les spectateurs, celui d’un dispositif contraignant, a priori peu spectaculaire, qui maintiendra ceux-ci en haleine durant plus d’une heure vingt.
 
Un policier, muté au standard du commissariat où on l’a relégué à la suite d’une faute professionnelle (la culpabilité sous-tend ainsi, comprend-t-on, le comportement du personnage principal), passe son temps à répondre aux appels en tous genres qui lui parviennent. Il intercepte celui d’une femme qui prétend avoir été victime d’un enlèvement, emmenée en voiture par son présumé kidnappeur.

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"33 tours" de David Chariandy

Disponible à la bibliothèque-médiathèque sous la cote : CHAR33tours

Petite musique de vie

Dire que 33 Tours est un coup de poing dans l’estomac résonne comme un cliché collé sur une quatrième de couverture. On évitera donc la formule, éculée, pour qualifier le saisissant livre de David Chariandy. Bouleversant? Le mot a trop souvent été usé pour des historiettes à l’eau de rose. Ici rien ne sent la rose. On renifle le bitume, on flaire le sang, on sent la drogue.

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"Hyperbole" d'Allie Brosh

Disponible à la bibliothèque-médiathèque sous la cote : BROShyperbole

Coup de coeur de Madame Cosima Frieden, enseignante de français et anglais

Révélation de la génération Internet, la jeune auteure (28 ans) de ce roman graphique né d'un blog s'épanche avec humour surréaliste sur les insatisfactions chroniques de la condition humaine au féminin.

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"La fête est finie" réalisé par Marie Garel-Weiss

Disponible à la bibliothèque-médiathèque sous la cote: M2475DVD 

feteestfinie

C’est une histoire de fusion. Céleste et Sihem se rencontrent en centre de désintoxication. Immédiatement, pour sortir de la dope, ces deux sœurs de hasard s’unissent contre le reste du monde. Un monde qui ne peut les comprendre, où rôde la tentation de replonger. Pour les deux amies, renvoyées du centre et tenaillées par le manque, l’amitié fusionnelle sera-t-elle un danger ou une chance ?…

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"L'homme coquillage" de Asli Erdogan

Disponible à la bibliothèque-médiathèque sous la cote : ERDO aslierdogan

Ce n’est pas racler les fonds de tiroirs que de sortir ce premier roman d’Asli Erdogan de l’oubli. C’est lui offrir une juste lumière, mesurer sa clairvoyance, honorer sa ténacité, saluer son exigence, comme lorsque la communauté internationale se mobilisa pour obtenir la libération de son auteure, victime en août 2016 de la vague de purges impitoyables qui vise encore aujourd’hui tout opposant au régime turc.

La sensibilité exacerbée, la détermination visionnaire, l’esprit de résistance : tout ce qui fera la valeur inestimable d’Asli Erdogan est déjà contenu dans ce récit d’apprentissage autobiographique, implanté au fin fond des Caraïbes. Dans les années 1990, la jeune scientifique désargentée qu’elle était vit comme une aubaine la possibilité de participer à un séminaire de physique des hautes énergies, au milieu des îles Vierges américaines. Elle n’avait pas prévu que l’université d’été ressemblerait à une geôle dorée, avec interdiction de profiter de la plage, et obligation de rester huit heures par jour entre quatre murs à bûcher sur des problèmes de particules élémentaires, sous la houlette d’un professeur misogyne et dictatorial.

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"Dans les angles morts" de Elizabeth Brundage

Disponible à la bibliothèque-médiathèque sous la cote : BRUN brundage

Drame sanglant en décor naturel

Elizabeth Brundage · Dans un pavé d’une belle intensité, l’universitaire new-yorkaise fait l’autopsie de l’échec d’un couple et d’une communauté en vase clos.

Elle a étudié le cinéma, et en a gardé un goût prononcé pour le thriller littéraire. En témoigne Dans les angles morts, premier roman d’Elizabeth Brundage à être traduit en français. Le synopsis de l’histoire est au départ assez simple. Un jeune couple d’intellectuels new-yorkais ayant étudié l’histoire de l’art décide de s’installer à la campagne. Comme nombre de ­bobos le font, colonisant la vallée de l’Hudson, attirés par les charmes du retour à la nature, gage d’un style de vie délivré du stress de la métropole.

C’est le cas de George et Catherine Clare. Lui est prof dans une université privée du coin, elle a décidé de rester à la maison et de vivre à fond avec sa fille de trois ans l’expérience de mère au foyer. Leur maison, achetée à bon compte aux enchères après la faillite d’une famille de paysans, est située au cœur d’un domaine de plusieurs dizaines d’hectares.

Coup de hache

Un cadre de vie en apparence idyllique, sauf qu’à quelque temps de là le mari, de retour du travail, découvre le cadavre de son épouse, abattue d’un coup de hache à la tête. George est-il le coupable, comme le pense le shérif local et comme inclinent à y penser les statistiques pour ce type d’homicide? Le problème est que la scène de crime est d’une netteté telle qu’elle ne laisse rien transparaître et qu’aucun indice tangible ne permet de confondre le suspect principal. Autre hypothèse envisagée: une vengeance des anciens propriétaires, de leurs fils ou du moins de l’un d’entre eux, les parents s’étant quant à eux suicidés avant la vente de leur maison.

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"A malin, malin et demi" de Richard Russo

Disponible à la bibliothèque-médiathèque sous la cote : RUSS russo

Mais qui pourrait bien vouloir habiter North Bath, ville putride où les cimetières sont tellement détrempés que les cercueils glissent parfois au bas de la colline ? Où le parc d’attractions de « L’ultime évasion » a fini englouti dans les marécages avec les grands projets immobiliers ? La cité continue de dépérir, tandis que ses habitants acceptent, stoïques, la vacuité de leur existence. Douglas Raymer en est l’irrésistible archétype. Chef de la police, veuf torturé et conscient de sa médiocrité, Raymer n’est pas à proprement parler un héros, mais on aime ses névroses à hauteur d’homme, ses lâchetés, son indécision chronique. Même chose pour Sully et son pote Rub, deux bras cassés unis par l’amitié, l’alcool et la cigarette. Il faut y ajouter un vrai méchant en la personne de Roy Purdy, un chien fou, un obsédé sexuel, une invasion de serpents, et le décor est en place pour une histoire ramassée sur quarante-huit heures. Un défi littéraire parfaitement maîtrisé, car A malin, malin et demi est un roman d’une grande drôlerie affectueuse, porté par des dialogues superbes, un grand sens du rythme et un pessimisme de haut vol.

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"Mercy, Mary, Patty" de Lola Lafon

Disponible à la bibliothèque-médiathèque sous la cote : LAFO lolalafon

Lola Lafon revisite l'icône Patricia Hearst

Féminisme dans son dernier roman «Mercy Mary Patty», l’écrivaine livre un roman dense et exigeant, relatant l’enlèvement d’une jeune fille qui embrassera les thèses de ses ravisseurs.

Patricia Hearst, dite Patty ou Tania, est l’héroïne presque évidente du dernier roman de Lola Lafon, qui confirme ici sa noble mission romanesque: celle de faire parler, archives et documents compulsés jusqu’à l’écœurement, des jeunes femmes qui, voulant devenir maîtresses de leur destin, voient leur image récupérée tant par la vindicte populaire que par des médias et instances politiques pas tranquilles face à ces voix discordantes. En 2014, c’est à Nadia Comaneci et aux traces laissées dans l’imagerie communiste par l’image trop parfaite de la gymnaste que la romancière s’attaquait, dans un livre aussi dense que son dernier-né, et où, déjà, elle brouillait les pistes entre thèse et œuvre littéraire.

Avec «Mercy Mary Patty», Lola Lafon propose une nouvelle cartographie des élans féministes et des moyens déployés afin de les tuer dans l’œuf, en auscultant l’enlèvement de la petite-fille du magnat de la presse William Randolph Hearst, gamine plutôt rangée que son éducation dans des écoles privées a rendue passive, acceptant son sort de future femme du monde à qui on ne demanderait pas plus qu’une politesse et une tenue silencieuses.

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"Le grand combat" de Ta-Nehisi Coates

Disponible à la bibliothèque-médiathèque sous la cote: 39 COAT compat

Ta-Nehisi Coates mène le "grand combat" des Noirs américains, avec des mots

D’une jeunesse à West Baltimore où tout pouvait à tout moment déraper, l’écrivain tire un récit flamboyant, violemment critique, mais jamais manichéen

Ta-Nehisi Coates, c’est l’histoire d’une rédemption chauffée au fer rouge de la révolte. Celle d’un gamin né au pire endroit dans les quartiers les plus durs de Baltimore, en 1975, avec le crack et la violence pour seuls horizons. Grâce à un père exemplaire – et à quelques coups de pouce du destin –, ce gamin-là allait s’en sortir en échappant à «l’étoile chourave» qui avait été déposée dans son berceau. Aujourd’hui, à 42 ans, Ta-Nehisi Coates est le fer de lance d’une nouvelle garde d'intellectuels afro-américains plus radicaux que leurs prédécesseurs, plus proches de James Baldwin ou de Malcolm X que de Martin Luther King.

Racisme

Leur bréviaire, c'est Une colère noire – traduit l’an dernier aux Editions Autrement –, un brûlot épistolaire où, à l’attention de son jeune fils, Coates décrit une Amérique gangrenée par le racisme et la discrimination, après être passée du «rêve» au «pillage» malgré les promesses du multiculturalisme – une illusion, aux yeux de Coates, qui ne croit pas à l’avènement d’une ère post-raciale. «Tu sais à présent, lance-t-il à son fils, que les services de police de ton pays ont été dotés du pouvoir de détruire ton corps. Les auteurs de cette destruction auront rarement des comptes à rendre. Pour la plupart, ils percevront leur retraite.»

Ange gardien

Avant de publier ce pamphlet au vitriol – National Book Award 2015 –, Coates avait signé en 2008 un récit autobiographique poignant, ce Grand Combat où il retrace les deux premières décennies de sa vie en racontant comment il a ramé à contre-courant pour ne pas sombrer, comme tant d’autres enfants perdus du West Baltimore des années 1980. Une jungle où l’on ne cesse de «casser du négro», où les caïds font la loi, où s’affrontent gangs et bandes rivales gorgées de drogue. Et, surtout, où le crack fait les pires ravages. «Il était partout et, même si je n’avais jamais vu le calumet d’un camé, sa fumée noircissait tout et transformait notre ville en Gomorrhe du Maryland», se souvient Coates, avant d’évoquer la figure si attachante de celui qui, parfois à coups de taloches, l’a empêché de mal tourner: son père, Paul Coates, un ange gardien auquel il rend un formidable hommage.

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Collège Sainte-Croix
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